Lutte contre COVID-19 : la filière de production de masques en France s’organise à l’initiative des membres du Club des Entrepreneurs pour le Climat


L’entreprise Les Tissages de Charlieu (LTC), fabricant de tissus et membre du Club des Entrepreneurs pour le Climat, s’est lancée dans une course effrénée pour participer à la lutte contre le COVID-19 en fabriquant des masques répondant désormais aux exigences l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. 

Suite à l’appel du Président de la République le 31 mars pour “rebâtir notre souveraineté nationale et européenne” en matière de masques de protection, deux autres membres du Club (LSDH et Savencia) ont constitué un groupe de travail dès le 1er avril pour aider LTC à poursuivre l’amélioration de son produit et sa montée en volume (d’ores et déjà à 200 000 masques par jour). 

Antoine Saint-Pierre, Directeur Associé des Tissages de Charlieu, nous explique comment cet élan de solidarité est en train de se transformer en un projet stratégique pour la France.

Une prise de décision rapide et réactive

Tout a commencé quand cette entreprise familiale, basée dans le Rhône-Alpes, reçut le 13 mars une commande d’une entreprise de l’agroalimentaire en détresse face à la pénurie de masques pour ses employés…

“Également, le fait de voir que des CHU, et notamment celui de Grenoble, étaient obligés de fabriquer leurs propres masques, nous avons trouvé ça anormal. Puis il y a eu cette entreprise de l’agroalimentaire qui nous a demandé de fabriquer des masques.”

Dès lors, il a fallu agir vite.  

“J’ai demandé à notre équipe de R&D de réfléchir à un moyen de fabriquer des masques, avec un objectif de volume et de rapidité. Nous avons mis au point un premier prototype et avons communiqué le dimanche 15 mars sur les réseaux sociaux ; le jour même nous avons été contacté par la DGE qui nous a mis en relation avec la DGA (Direction Générale de l’Armement).”

Une prise de décision rapide et réactive

Les Tissages de Charlieu ont lancé en leur âme et conscience la fabrication le mardi 15 mars et ont pu livrer dès le lendemain.

“Face à l’afflux des demandes, parfois de détresse, venant des EHPAD et des hôpitaux, nous avons décidé de lancer la fabrication des masques. En une journée, nous avons arrêté tout ce qu’on fabriquait, pour fabriquer exclusivement des masques, ce qui industriellement est très compliqué.”

La reconversion totale de leur activité, en 24 heures, fut une prouesse technique.

“ Cette bascule industrielle prend, en temps ordinaire plusieurs semaines. La mobilisation de nos équipes nous a permis de livrer plusieurs dizaines de milliers de masques dès le mercredi 15 mars, à des centres de lutte contre le cancer à Lyon et à Strasbourg puis à des CHU, des EHPAD, etc.

Le 24 mars, ils recevaient le rapport de la DGA qui indiquait que le masque présentait des performances compatibles pour un usage de type masque chirurgical.

Le 29 mars, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, avec le soutien de l’ANSES et à l’initiative des ministères concernés, a créé deux nouvelles catégories de masques à usage non sanitaire. Les masques produits par LTC répondent désormais aux performances exigées des catégories 1 pour les masques individuels à usage des professionnels et 2 pour les masques de protection à visée collective.

Une expérience humaine forte et éprouvante

Antoine Saint-Pierre s’est confié sur les conséquences émotionnelles de cette initiative pour lui et ses employés : 

“Au début il y avait beaucoup de confusion émotionnelle. Nous ressentions d’une part beaucoup de joie de servir. Mais Il était d’autre part particulièrement compliqué de devoir choisir qui livrer en priorité.”

En effet, l’entreprise a été témoin de la détresse de certains. 

“Une anecdote particulièrement bouleversante fut lorsque des Ehpad firent affréter un hélicoptère depuis l’Alsace pour venir chercher des masques”.

Une montée en puissance progressive

L’enjeu rapidement a été de monter la capacité de production de leur usine mais aussi de l’ensemble de la profession.

“Nous avons augmenté notre capacité propre en passant en 3 jours de 60 000 à 130 000 masques produits quotidiennement et avons aussi communiqué notre innovation et notre savoir faire à nos confrères tisserands.”

La montée en puissance de la capacité de production fut rapide. 

“Nous produisons 24h/24, 7j/7. Il y a une grosse réactivité industrielle et surtout humaine ; nos employés ont été extraordinaires d’engagement. On a réussi à atteindre 190 000 masques par jour, et on pense arriver à 200,000 unités par jour.”

Cette capacité décuplée a permis à l’entreprise de répondre petit à petit à des demandes plus diverses mais tout aussi urgentes, comme celles des professionnels de l’agroalimentaire. 

“Les activités agroalimentaires et de distribution alimentaires nous sont apparues comme prioritaires pour la vie du pays”

L’initiative des Tissages de Charlieu a en effet circulé au sein du Club des Entrepreneurs pour le Climat, et a été particulièrement appréciée par les membres du secteur agroalimentaire, dont l’activité est fortement impactée par cette crise. 

Des opportunités de coopération solidaire via le Club des Entrepreneurs pour le Climat

Antoine Saint-Pierre est un des membres fondateurs du Club des Entrepreneurs pour le Climat, créé et organisé par l’Institut Orygeen. 

Ce réseau d’entrepreneurs engagés pour la planète semble être un environnement propice pour que se construise un projet de coopération dans la lutte contre le virus. Ainsi, Antoine Saint-Pierre a pu fédérer en quelques heures un groupe d’industriels de l’agroalimentaire pour travailler ensemble à améliorer les modèles actuels de masque pour répondre aux besoins du secteur, aujourd’hui et à l’avenir. 

Pour cela, LTC envisage de travailler sur certaines propriétés du masque, notamment le risque d’effilochage, et sur l’automatisation plus poussée de la fabrication. Les discussions sont déjà en cours entre Les Tissages de Charlieu et deux entreprises agroalimentaires du Club : LSDH et Savencia.

Cette situation remet en question nos certitudes

Nos modes de consommation sont bouleversés, mais nos valeurs d’entraide et de solidarité sont fortifiées. Antoine Saint-Pierre partage : 

Nous avons besoin de coopération entre les uns et les autres, c’est indéniable. Et l’’industrie textile française peut être fière de sa capacité de réaction et d’adaptation.”

La prise de conscience post-Covid-19 se fera sur des bases plus saines, et surtout plus vertes. 

“Ce qui est innovant est que les masques soient lavables donc réutilisables. Et il en est de mêmes pour nos autres produits textiles, produits à partir de matières recyclées et avec une énergie verte. L’industrie française peut donc avoir un impact sur la décarbonation de notre économie française.” 

Nous sommes confiants dans le fait que nous sortions de cette crise avec une nouvelle résilience et de nouvelles réponses face aux défis de demain.

La perspective d’un projet plus large, résultant de la coopération entre les membres du Club des Entrepreneurs pour le Climat, nous pousse à espérer que l’initiative des Tissages de Charlieu soit la première d’une longue série.